S’il me semblait un peu inutile d’aborder ce sujet quand tout le monde le fait, ne rien dire m’aurait semblé un peu étrange également. Poster nos articles prévus me gênait un peu également. Alors au risque d’enfoncer des portes ouvertes, voici quelques lignes afin de vous livrer le fond de ma pensée. Puis nous reviendrons à nos moutons qui semblent si superficiels mais qui, finalement, contribuent parfois à alléger un peu le quotidien. Et c’est toujours ça de pris.

Dans ma génération, tout le monde se rappelle parfaitement ce qu’il faisait quand il a appris que les tours du World Trade Center étaient attaquées.

Tout le monde se souviendra du 7 janvier 2015 avec la même force.

Nous sommes tous restés choqués, estomaqués. Que nous lisions ou pas Charlie Hebdo, savoir qu’il était là, dans les kiosques, suffisait à nous rassurer : quelques-uns disaient pour nous des choses à dire (ou pas). Que nous partagions les opinions de Charlie Hebdo, savoir qu’il osait dire parfois des horreurs suffisait à nous rassurer : on vivait encore dans un monde où on avait le droit de parler ou, en l’occurrence, de dessiner, sans peur.

Et puis, de façon très enfantine, qu’on achète Charlie Hebdo ou pas, Cabu restait dans notre tête le drôle de gars avec ses cheveux trop rigolos qui faisait des dessins dans le club Dorothée ou Wolinski avait toujours gardé une tête de Papi un peu sévère.

En fait, hier, notre choc, c’était surtout une prise de conscience : nos tontons d’enfance ont été assassinés. Qui allait parler à notre place?

Je crois que c’est pour ça que tout le monde réagit à ce point.

J’ai entendu certaines personnes parler d’hypocrisie, dire qu’on faisait bien moins de cas d’autres morts parfois.

Si je trouve parfaitement idiot de tenter de mettre des morts dans des balances, je pense qu’il est bien bête aussi de s’offusquer d’une mobilisation générale quand on touche à la liberté d’expression.

Cette mobilisation a quelque chose de beau.

Je doute même que les 12 personnes décédées hier auraient jamais espéré une telle unité un jour.

Alors si, dans un premier temps, je me suis dit que la France allait exploser après cet événement, j’en viens malgré tout à espérer un peu.

Et si, au lieu de déchirer la France, ces trois gros cons l’avaient poussée à s’unir? Si, pour une fois, et parce que des gens sont morts pour des dessins, tout le monde avait une réaction d’intelligence humaine? Si, au lieu de museler la presse, ils avaient rendus Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, l’oncle Bernard, Honoré, Michel Renaud, Mustapha Ourrad, Elsa Cayat, Ahmed Berabet, Frédéric Boisseau et Frank Brinsolaro éternels?

Peut-être que je rêve. Quand je lis des échanges sur Twitter, j’en ai bien un peu peur. Mais il n’empêche qu’il me SEMBLE que naît une certaine union…

Et je me prends, dans cette sorte de peine et d’inquiétude étranges, à espérer que de tout ceci, des tas d’enfants de Charlie naissent.

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