Le confinement nous rend zinzin messieurs, dames, je vous le dis moi !

Au début, on était d’abord un peu juste sous le choc. Et puis… petit à petit, des comportements étranges se sont installés.

On est tous devenus des chefs

Bon, pas moi. J’ai quand même réussi à confondre des courgettes et des aubergines cette semaine mais quand même, je me préparais à faire des aubergines grillées, le genre de trucs qui ne me traverse même pas l’esprit le reste de la vie.

Mais autour de moi, TOUT LE MONDE A L’AIR DE DEVENIR CUISINIER. Et c’est pas comme si les gens faisaient des trucs normaux hein, non non, les gens se mettent à faire leur pain. Pas le pain de base dans une machine à pain où tu fous tout dans le machin qui te sort finalement un pain correct. Non, non. Là, les gens ont décidé de refaire leur pain A LA MAIN. Si ça c’est pas vouloir tuer le temps je sais pas ce que c’est. Les gens pétrissent, les gens préparent des raviolis chinois hyper complexes, c’est tout juste s’ils ne sont pas en train d’envisager d’apprendre à faire leur propre bière ou leur propre vin.

On a tous fini les catalogues Netflix et Amazon Prime

D’ailleurs on trouve que finalement, y a pas grand-chose sur ces plateformes…

Y a plus de question du genre « t’en es où dans telle série ? ». C’est devenu une question insensée. On a tous fait le tour là.

On en est au stade où on a vu tout ce qu’on voulait voir et là, de désespoir, on regarde les téléfilms de l’après-midi où au choix tu as :

  • l’histoire de la fille qui est célibataire endurcie parce qu’elle se consacre à son haras et à ses chevaux et qui rencontre un palefrenier merveilleux qui lui fait redécouvrir l’amour avant qu’elle n’apprenne qu’en réalité il est le méchant promoteur qui prévoit d’acheter son haras pour construire un énorme hôtel moche mais que finalement non, il est tombé amoureux d’elle pour de vrai et il a découvert les belles valeurs et ils auront plein de poulains pour toute la vie.
  • l’histoire de la jeune mère qui accueille à bras ouverts sa nouvelle voisine qui a l’air super au début mais que finalement en fait elle avait perdu son bébé juste avant d’emménager et elle veut lui voler son mari et son enfant et que d’ailleurs on apprend qu’elle a déjà tué des gens avant, la méchante.

On est tous philosophes puis dépressifs

On tire tous, moi la première, de belles leçons publiques sur ces belles valeurs qu’on apprend à recentrer. Alors qu’on sait bien que demain, ce sera loin derrière. Mais on théorise et on donne des leçons et des conseils à la terre entière.

Deux jours plus tard, on est dépressifs et on estime que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue et qu’on va tous mourir.

On a tous obtenu un doctorat en virologie

Tous ou presque. Quand on a l’occasion de converser avec un adulte, on échange nos points de vue vachement éclairés sur la perméabilité des masques en tissus, sur les dangers de toucher les courses, la permanence du virus sur les différentes surfaces et j’en passe.

On parle d’immunité comme si on avait toujours étudié le problème et on théorise avec des mots dont on ne connaît pas toujours complètement le sens. Mais c’est pas grave, on est contents. On a parlé à quelqu’un.

On s’emporte beaucoup sur les réseaux sociaux

Ca faisait un moment que je n’avais plus trop râlé sur mon Facebook privé. Puis là, je ne sais pas ce qui nous arrive, on est de retour !

Et on s’exprime hein. Ouh la la qu’est-ce qu’on s’exprime ! On éructe sur celui qui a osé aller faire un footing dans une rue qui n’est pas la sienne, on crie pour la dénonciation d’un tel puis contre la dénonciation d’un autre, j’ai même vu quelqu’un qui râlait parce qu’il y avait des gens (seuls) dans les bois en mode « hey d’ordinaire quand je promène mon chien, je ne croise personne laissez-moi ma forêt ».

Entre ceux qui trouvent que « on n’aurait pas dû ouvrir les Brico » en diffusant les photos accusatrices des gens qui vont acheter des pelles et des fleurs, mais qui, trois semaines ou quatre semaines avant nous disait qu’on était « tous paranos hein faut vous calmer ! », ceux qui trouvent qu’on devrait plutôt ouvrir les magasins d’électro parce que ça c’est vital et ceux qui voudraient que les infirmières soient enfermées dans des caves, on dit tout et n’importe quoi et on semble avoir perdu tout sens commun.

On est tous hyper sportifs

On sortira de cette pandémie musclés et minces, je ne vois que ça. La terre entière refait du vélo ou de la course à pieds. D’ailleurs, parenthèse, je tenais à rappeler aux coureurs et cyclistes que le code de la route n’est pas confiné hein. C’est pas parce qu’il y a moins de voitures qu’on ne risque pas de te rouler dessus en allant faire un saut au Colruyt. Pas plus tard que ce weekend, j’ai dû faire tout mon trajet derrière deux gars à vélo qui prenaient toute la route tranquillou alors que la file de voiture s’allongeait derrière eux.

Parenthèse close… Moi, c’est le yoga. Feu de paille ou pas, on verra bien mais me voici à faire 5h de yoga par semaine. J’ai découvert des muscles que je ne connaissais pas.

On bouffe

La raison pour laquelle on ne finira pas réellement minces et musclés après le confinement ? Ben c’est qu’on bouffe. Y a pas d’autre mot.

Et c’est rarement des carottes

Comme tu bouges peu, je veux dire, une vie qui se déroule entre ta chambre, ta cuisine, ton salon et ta salle de bain, c’est pas super varié, tu rythmes tes journées à grand coups d’ouvertures de placards. Hop, un oeuf de Pâques, poum, quelques chips, oh ben tiens c’est le temps de dîner, tiens, un petit dessert, zoom, un petit pot de Ben & Jerry’s et la journée avance…

On se ruine

Je ne sais pas vous mais je n’ai jamais dépensé autant d’argent dans mes courses. Vas-y que je m’achète ce petit fromage de producteur affiné à prix d’or, ces biscuits de la boulangerie régionale qu’il faut aider, soyons solidaires, le morceau de filet pur parce qu’il faut manger de la qualité, l’huile à la truffe, le salami à la truffe, les chips à la truffe, le sel à la truffe, la mayonnaise à la truffe (je continue ou vous avez saisi l’idée ?)

Tu te dis tellement que « tu ne dépenses plus rien : les magasins sont fermés » que tu te lâches comme jamais dans ta vie. C’est tout juste si tu n’envisages pas le caviar, après tout, c’est la fin du monde et t’as jamais goûté.

On est tous fous de nos bestioles

Moi, j’ai entrepris de dresser mon bichon de 8 ans. Elle se demande ce qui m’arrive et pourquoi je lui hurle hystériquement de faire la belle alors qu’en général sa tâche la plus ardue est de roupiller dans le canapé.

On voit fleurir sur les réseaux des photos d’animaux dans des poses incongrues et on s’accorde tous à dire que « ah ils sont heureux hein eux ».

On s’est tous mis à la picole

Vous avez vu le nombre d’apéros virtuels sur les réseaux ??? Alors je sais pas si c’est parce qu’on les poste tous en même temps mais j’ai l’impression que l’industrie de l’alcool ne sera pas la plus impacté !

De mon côté, le petit verre de fin de journée est devenu le symbole de la séparation entre mon télétravail et ma vie familiale. Hop, je me sers un verre, je change de chaise et la soirée peut commencer.

C’est bien, après le confinement, on devra tous se faire enfermer entre quatre autres murs pour soigner la nouvelle dépendance.

On est anormalement crevés

On se lève plus tard que dans la vie habituelle et pourtant, on est crevés. Je remarque ça chez plein de gens. A 11h du matin, tout le monde te dit qu’il est crevé et que vivement son lit…

On ne supporte plus personne

Alors qu’on est en manque de gens, ceux avec qui on vit nous sortent parfois par les yeux. On les trouve trop bruyants ou trop silencieux, on les trouve trop motivés ou pas assez et certains en arrivent à se disputer comme des charognards pour une histoire de saucisse (je vous jure).

Bref, ce confinement nous rend zinzin et je crois qu’il est temps qu’on retourne à la vie normale en douceur avant de devenir des cuisiniers sportifs alcooliques obèses fatigués dépressifs et ruinés.

C’était la morale de mon histoire.

Peace.