Je ne vous ai jamais caché mon amour immodéré pour cet auteur. C’est simple : je ne trouve nulle part en fantastique un auteur de sa trempe (hormis les Anciens mais niveau terreur, ils ne font quand même pas le poids).

La suite de Shining, c’était donc bien une attente. Mêlée de crainte aussi parce que je guettais la déception. Les suites, c’est rarement aussi bon que les originaux. Mais c’était plus fort que moi : je voulais savoir ce qu’était devenu le petit Danny après que son père, poussé à la folie par les fantômes de l’Overlook et par l’alcool, ait essayé de le tuer.

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Comment on devient après un truc pareil???

Mais avant de vous donner mon avis, voici le « pitch » :

Danny, le petit garçon de Jack Torrance, a bien grandi. Il possède toujours le Don, le Shining, mais à l’instar de son père, il a sombré dans l’alcool qui a le mérite d’atténuer ses visions (qui a réellement une folle envie de voir les visages couverts de mouches des gens qui vont mourir? Ou de revoir les fantômes de l’Overlook qui continuent de venir le tarabiscoter des années après l’incendie de l’hôtel?)

Bref, Danny va mal. Jusqu’au jour où, au cours de ses tribulations de quasi SDF, il débarque à Frazier et entend la voix de son ami imaginaire Tony, pourtant depuis longtemps disparu, lui disant que « C’est ici ».

Il s’y fait des amis, entre chez les Alcooliques Anonymes, trouve un emploi dans un hospice où il devient le « Docteur Sleep », celui qui aide les mourants à lâcher prise et surtout, il est contacté mentalement par une enfant, Abra, dotée du Shining, comme lui, mais bien plus puissante. Leur relation va évoluer au cours des années en une affection profonde.

Jusqu’à ce qu’Abra l’appelle à l’aide. Ensemble, ils devront lutter contre de nouveaux monstres, presque pires que ceux de l’Overlook.

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J’ai aimé?

Oui. Mais pour de toutes autres raisons que les autres King et c’est ça qui est bon.

Au lieu d’avoir tenté de rivaliser avec la terreur de Shining, King a orienté celui-ci vers d’autres horizons. Il a exploré autre chose, autrement. Il a exploré ce qu’aurait pu être Jack Torrance, le père fou, s’il avait choisi de se soigner plutôt que de sombrer. Peu de fantômes atroces, cette fois, peu de comportements humains intolérables.

Stephen King nous livre ici une humanité « espérante », une autre voie, une rédemption.

Bien entendu, il reste des luttes : contre l’alcoolisme, contre le « Noeud Vrai » (mais je ne spoilerai pas), contre quelques fantômes un peu vilains aussi. Mais c’est un roman plus doux, plus mûr qui prouve encore que, puisqu’il sait si bien se renouveler, Stephen King est un grand auteur.

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