A côté de l’univers à paillettes de notre blog chéri, nous avons, toutes deux, des activités (“un vrai métier”, comme dirait ma mère).

Pour ma part, je suis prof d’histoire. Mais je suis également conseillère communale… Je ne mêle jamais la politique à ce blog. Elle n’y a pas sa place. Ici, c’est en tant que simple citoyenne que je veux prendre la parole et j’éviterai à l’avenir de le faire, promis.

En gros, je suis élue locale à un tout tout tout petit niveau. 283 personnes ont voté pour moi, en fait, c’est-à-dire très peu. En gros, tous les copains de ma grand-mère. Elle, elle est fière. De mon côté, je me rends bien compte que ça équivaut à un pouvoir de décision quasi nul, que mes rêves de changer la face du monde, (ou de Soumagne, ce serait déjà bien) étaient un peu utopiques et que c’est un boulot de malade pour des clopinettes (si, 50€ environ par mois quand tu en claques le triple en fêtes locales, c’est des clopinettes). Cela dit, j’adore m’investir, j’adore débattre avec les miens, voire avec ceux “d’en face”.

Je suis socialiste. Dit comme ça, de nos jours, c’est presque la honte. Entre les Hollande chez vous, amis français et certains de nos dirigeants poursuivis pour l’un ou l’autre fait, je ne suis pas toujours fière. Mais objectivement, ce n’est pas pire qu’être de droite puisque plus tu montes, plus tu as la sensation que “c’est pareil partout”. A force de se jeter l’opprobre les uns sur les autres, on a juste gagné l’abandon général.

Au niveau local, je crois du fond de mon âme que, rouges, verts, bleus ou oranges, on fait tous ce qu’on peut avec les moyens qu’on nous donne, avec nos convictions propres et avec un cœur déployé.

Je suis capable de me disputer avec un copain bleu sur un sujet politique parce qu’évidemment je crois aux valeurs que je défends mais je ne pense pas qu’il est forcément un vendu au capitalisme ou un sombre connard. (Enfin, si, sur le moment, il m’arrive de m’emporter un peu, mais je vois rouge, que voulez-vous, on ne se refait pas) Après, je veux quand même bien qu’on boive un verre. Il veut le bien du pays, par d’autres méthodes que moi, certes, et nous penserons toujours que c’est l’autre qui a tort, mais la motivation finale est, je crois, la même.

Et puis, et puis, et puis…

Et puis un jour, mon pays, que j’aime avec une passion que je revendique avec force et foi se retrouve presque en guerre.

Pour résumer, façon cours de primaire, pour faire vite pour toi, Français qui me lis, la Belgique, c’est trois communautés. Les Wallons, les Flamands et les Germanophones. Nous sommes différents, certes, nous parlons trois langues différentes, mais nous sommes belges. Tous. Pendant longtemps, la Wallonie a été florissante. Puis les aléas de notre monde ont fait que notre bassin sidérurgique et nos entreprises ont souffert et ont entraîné la région dans un gouffre dont il est difficile de se relever.

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Je ne chercherai pas de responsables précis. Je me fous de savoir que “c’est la gauche qui a tout fait foirer” ou que “c’est la droite qui blabla”. Tout ce que je sais c’est que nous avons des problèmes cruciaux à affronter, autant au nord qu’au sud.

Quoiqu’il en soit, la peur, la colère et le dégoût a poussé une partie du pays à voter pour un parti séparatiste, d’extrême-droite (on peut le planquer sous toutes les couvertures, appelons un chat un chat). Nous nous retrouvons avec, au gouvernement, des élus qui fréquentent encore des soirées en l’honneur d’anciens collaborationnistes de la seconde guerre, des élus qui ont prôné (puis se sont faits discrets au moment des élections) la séparation du pays. La fin de la Belgique.

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La droite a choisi de s’allier avec eux, sans doute pour des raisons qu’elle croit bonnes. Je ne veux même pas polémiquer là-dessus.

Des mesures sans doute inéluctables sont en train d’être prises. Mesures qui ne manqueront pas de mettre à genoux les plus pauvres.

J’aurais accepté que la droite soit seule au pouvoir si c’était le choix du peuple et j’aurais volontiers attendu de voir si elle était capable de faire mieux que ne l’ont fait ceux avant elle. Je n’ai pas, je le répète, les compétences pour juger.

Mais je ne veux pas vivre dans un pays gouverné par des gens d’extrême-droite, même s’ils ont été élus. Ça me fait honte. La gauche et la droite ont leur responsabilité dans ce choix : on ne se tourne vers les extrêmes qu’une fois désespéré par les autres politiques. Et je regrette vivement que mes concitoyens se soient sentis poussés dans ce sens.

Le pays est donc récemment descendu dans la rue. Nous étions plus de 100.000. Des rouges évidemment, des bleus aussi, des verts, des oranges. Mais 100.000.

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Chacun pour des raisons propres : l’allongement des carrières, le saut d’index pour les uns, l’extrême-droite pour d’autres. Un tas de raisons en fait.

J’y étais. Et vous savez quoi? Je n’étais pas sûre de devoir y être…

C’est tout de même étrange que, juste après les élections, tous ces faits concernant des élus d’extrême-droite sortent au grand-jour. A croire que leur parti fait tout pour que ça se sache et que la colère gronde. Je marchais au milieu des revendications et je me disais que c’était exactement ce que ce parti séparatiste attendait pour démontrer que notre pays n’était plus viable.

Le lendemain, dans les journaux, ce n’était pas l’union de 100.000 manifestants calmes mais forts qui s’étalait. C’était les actes stupides de quelques casseurs réjouis de profiter de cet élan pour tout s’autoriser et laisser libre court à leurs envies de massacre. Des policiers ont été blessés, des lieux saccagés… par quelques-uns seulement. Mais c’est cela qui a été montré partout dans la presse.

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J’ai interrogé d’autres manifestants : personne n’a rien vu de tout ça. C’était la communion qui leur restait en mémoire.

Et là, je ne sais plus.

Je ne sais plus ce qu’il faut faire : c’est, de toute façon, bien au-delà de mes compétences.

Manifester pour donner le bâton pour se faire battre par un parti qui veut la fin de notre pays?

Se taire alors que l’on sait qui nous dirige?

Le dilemme belge… en tout cas le mien et celui de pas mal d’autres je pense.

Je suis perdue dans tout cela et je ne suis pas la seule.

Je continue à militer dans ma localité de façon pratique : nous montons des ateliers, des activités locales, nous cherchons des solutions ponctuelles à des problèmes concrets du quotidien de notre village.

Mais derrière? Que va-t-il nous arriver?

Ce petit article ne changera évidemment rien. Mais j’aimerais simplement qu’il permette à mes amis français qui s’inquiètent ou qui moquent notre pays de comprendre que ce qui se passe ici n’est pas sans conséquences. Ami français : nous sommes perdus, dansant d’un pied sur l’autre sans plus savoir qui nous serons dans six ans.

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Je suis née belge. Je voudrais le rester jusqu’à la fin de mes jours.

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