Je suis plein de comptes bodypositifs depuis quelques mois et ça change ma vie. Des nanas imparfaites qui se montrent en lingerie avec leurs défauts. Pas des photos sexys, non. Elles se dévoilent pour les autres femmes. A chaque fois je me dis “waou… elles osent! Elles ne lissent pas, elles ne se tiennent pas droites, elles se montrent juste pour faire la paix avec leur corps et aider d’autres à le faire”.

A force de vous parler, je me suis dit que je devais en faire autant. Faire la paix avec mes petits défauts pour vous aider à faire la paix avec les vôtres.

Alors j’ai appelé Jehanne Moll. C’est une photographe de grand talent mais avant tout, c’est une copine bienveillante et qui pose un regard doux sur le monde. Je savais qu’elle comprendrait ce que je voulais dire. Et elle a compris merveilleusement.

Avec le mois de mai et le soleil, arrive le moment fatidique des campagnes Bikini Body où on te vend du rêve et des recettes miracles pour perdre 10 kilos en 15 jours… (Cfr les Skinny Coffee Machin qui te promettent d’être visiblement plus mince en… une semaine).

Harcelée de partout par des images de corps idéalisés, dans des positions avantageuses, lissés par photoshop, toi, tu te retrouves avec ton maillot, dans ta cabine. Oh tu sais bien qu’en sortant, tu ne verras pas que des bikinis bodies, mais c’est ton body à toi que tu vas devoir faire sortir de l’ombre.

Alors tu te drapes dans ta serviette, ton paréo ou tu enfiles une robe de plage parce que bon, c’est toujours ça de pris. Ou tu restes dans l’eau, le plus longtemps possible.

Tu t’installes sur ton transat et là, ça va encore. Couchée, t’as le ventre plus plat que debout, les cuisses moins bloblotantes et surtout, tu n’es pas offerte au regard des autres.

Mais quand tu te lèves pour aller rappeler un de tes mioches qui fait le pitre, tu sens bien que t’as séché le sport, que t’as bien profité des raclettes et que définitivement, tu ne seras pas embauchée cette année pour le défilé Victoria. Alors tu te dandines, tu remets ton paréo, tu hésites.

Mais la piscine, la mer, le bain à bulles, quand même, ils te tentent bien et c’est con mais personne n’y va en robe.

Tu envisages 4 secondes de te mettre à l’Islam radical pour enfiler un burkini puis tu te ravises assez vite parce que bon, il fait chaud quand même.

(ADDENDUM : attention, oui, je suis une vilaine méchante raciste et islamophobe, c’est ultra bien connu. Desproges vient de se retourner dans sa tombe… Paix à son âme d’humoriste qui avait le droit de placer un bon mot sans que la Terre entière ne porte un jugement hâtif bien inutile. L’acceptation des autres passe aussi par l’humour et la dérision. N’en déplaise aux bienpensants. Si j’avais dit “nonne”, personne n’aurait moufté. Le mot “radical”? ben c’est parce que je pourrais dire d’une nonne qu’elle est chrétienne radicale. Ici, j’ai choisi BURKINI pour le jeu avec BIKINI. Que les esprits étroits se rassurent, merci de circuler, y a rien à voir : je ne vais pas museler mes mots parce que ça peut déranger certains – qui ne seraient pas dérangés si je parlais de religion catholique. Non, je ne vais pas : parce que ce serait justement ça, stigmatiser une communauté. A partir du moment où on ne peut rien en dire sur le ton de l’humour, on la stigmatise. Fin de la parenthèse)

Tu reprends ton livre et tu rebouquines un peu, parce que définitivement, la position couchée, c’est plus simple.

Et puis vient le moment fatidique où, finalement, il faut bien que tu ailles te rafraîchir.

C’est plus fort que toi, tous tes membres semblent rouillés. Tu les sens moches, même s’ils ne le sont pas. Rien ne te rassure. Parce que t’as TELLEMENT vu de la perfection partout que la réalité te semble affreuse. Ta réalité en plus, parce que ta copine qui n’est ni mieux ni pire, tu la trouves toujours mieux.

Tu es là, face à l’eau, avec l’impression que derrière, tous les regards sont posés sur tes fesses qui sont forcément imparfaites. Alors qu’en fait, tout le monde s’en fout.

Et tu vis un moment merdique alors qu’il devrait être formidable.

C’était ma vie à la plage avant.

Et puis… et puis… et puis j’ai compris que c’était dans ma tête. Que cette perfection que je cherchais était d’ailleurs. Et surtout que j’avais tant de choses à vivre.

Sentir le sel de la mer, les bulles du jacuzzi, la fraîcheur de l’eau, la douceur du soleil…

Mon corps peut sentir tout ça. Et c’est une sacrée chance. Mon corps peut profiter de la vie sans rentrer dans un 34 et c’est une sacrée chance.

Alors je sais, comme pour d’autres articles, certains vont dire ci-dessous que “je n’ai pas à me plaindre” et je ne me plains pas. Que je “devrais penser à celles qui font trois tailles de plus”. Et j’y pense.

Le truc c’est que je sais qu’être “middle” c’est tout aussi compliqué qu’être plus size. D’ailleurs faire un 34 c’est chaud aussi de nos jours. Parce que PERSONNE ne correspond. Des seins trop petits, tros gros, un ventre trop mou, des cuisses trop courtes, tout le monde a un truc qui cloche.

Et sur les réseaux et partout ailleurs, tout le monde découpe des bouts de son corps. Parce que des bouts, c’est mieux. Une photo prise dans un bon angle, couchée, le ventre étiré, les cuisses éloignées et hop, on peut faire croire que tout est nickel.

Le problème de notre société est qu’on ne se retrouve pas dans ce que l’on nous montre. Je n’espère pas que des Plus Size se retrouvent dans mon image du corps. J’espère simplement rassurer les nanas qui font ma taille que tout va bien les filles : profitez de la vie. Et pour toutes celles qui font une, deux, trois, 10 tailles de plus, c’est pareil : tout va bien. Allez voir des comptes instagram qui vous ressemblent et vous verrez la beauté de vos corps. Ils sont tous beaux. J’en suis des tas. Des nanas qui font un 32 parce qu’elles sont comme ça. Des nanas qui font un 56 parce qu’elles sont comme ça.

Et vous savez ce qui fait que je les trouve belles? Elles aiment leur corps. Elles le montrent. Elles l’assument. Elles ne s’emmerdent pas avec des paréos et ne font pas tout un pataquès pour entrer dans l’eau parce qu’elles savent que la vie, ce n’est pas une pub Zara.

Et selon l’angle, la pose, l’émotion, le corps bouge avec vous.

Il suffit de faire la différence entre ces deux photos :

Je ris. Est-ce grave que mon ventre soit flasque alors que je ris? Qu’est-ce qui compte au fond?

Avec Jehanne, on voulait rappeler aussi que dans les magazines, les photos sont posées comme ça :

Ca veut dire que je ne respire pas, que j’ai mal au dos, que rien n’est naturel. Un photographe lambda retoucherait quasi tout et hop, je vous ferais croire que tout est parfait.

Alors que mon corps, c’est lui :

Alors je sais aussi qu’il va y avoir des détracteurs pour cet article…

Les langues de pute d’une part qui cracheront sur mes imperfections en douce dans une salle des profs (c’est un simple exemple 😉 ), moquant la démarche. Grand bien vous fasse, les gars.

Et celles et ceux qui trouveront que je suis “encore trop bien pour parler”. A ceux-là je répondrai une seule chose, que j’ai déjà dite sur ma page : il ne faut pas faire une taille précise pour souhaiter aux gens d’aimer et d’assumer leur corps. On peut être aussi mal ou aussi bien dans sa peau en 32 qu’en 52. Et ça vaut pour les 38 ou 40 qui hésitent toujours à se battre contre ces “trois quatre cinq kilos de trop”.

Bah moi, j’ai juste décidé de bien les montrer, ces quelques petits kilos, s’ils peuvent faire du bien à d’autres comme certains comptes insta me font du bien. Je ne suis pas Ashley Graham, je ne suis pas Gisèle Bundchen. Je suis juste Imparfaite.

Et je n’hésiterai plus à aller dans l’eau ou à en sortir.

Votre bikini body il est là, sous vos fringues. On s’en fout qu’il ne soit pas celui que les publicitaires veulent nous faire avaler de force pour nous vendre des cures miracles et un mal-être toujours présent. On s’en fout qu’il ne soit pas tiré tout droit d’un shooting photo lissé où on vous agrandit les jambes, où on vous crée un écart virtuel entre les cuisses, où on vous gomme cicatrices, boutons et autres détails qui font que vous êtes un humain. On s’en fout que vous ne soyez pas une personne parfaitement lisse qui singe un bonheur factice pour vous vendre une vie qui n’existe pas.

Votre bikini body, il a juste besoin d’un peu de tolérance. De votre part d’abord.

Et après, il a juste besoin d’un peu de repos bien mérité dans une eau calme…

#FreeMyBodyFreeMySoul

#ImparfaitesBody (spéciale kassdedi Marine)

Un grand merci aux Thermes de Spa pour leur accueil compréhensif et leur havre de paix…

Crédit photo : Jehanne Moll

Maillot de bain : Mbym chez ADNC