On les a toutes regardées. Un soir en rentrant du travail, un dimanche après-midi sur le canapé, parfois en cachette parce qu’on n’aurait pas avoué qu’on aimait ça. Une femme arrivait, mal coiffée, mal fagotée, filmée sous une lumière qui ne pardonnait rien. On l’appelait « l’avant ». Puis on lui expliquait, devant les caméras, tout ce qui n’allait pas chez elle. Et une heure plus tard, elle ressortait transformée, en larmes, sous les applaudissements.
J’ai adoré ces émissions. Je les regardais avec la même fascination que tout le monde, en me demandant ce qu’on aurait dit de moi. Il m’a fallu des années, une formation de coach en image, puis de coach et un tri de dressing pas comme les autres pour comprendre ce qu’elles m’avaient vraiment appris. Pas à m’habiller. À me regarder comme un problème à corriger.
Ce que les émissions de relooking nous ont appris sans qu’on s’en rende compte
Le sommet du genre s’appelait The Swan. Diffusée sur la chaîne américaine Fox en 2004, l’émission choisissait des femmes qu’elle qualifiait elle-même de « vilains petits canards ». Pendant trois mois, une équipe de chirurgiens esthétiques, de dentistes, d’un coach sportif et d’un thérapeute les remodelait de la tête aux pieds. Les miroirs leur étaient interdits : une candidate a quitté l’aventure après avoir été surprise avec un miroir. À la fin, les « transformées » s’affrontaient dans un concours de beauté, maillot et lingerie compris. La critique Jennifer Pozner l’a qualifiée d’émission de téléréalité la plus sadique de la décennie, et Entertainment Weekly l’a classée pire émission de téléréalité en 2010.

The Swan était un extrême. Mais la mécanique était la même partout, y compris dans des émissions bien plus douces. Aux États-Unis, What Not to Wear a duré dix saisons sur TLC, de 2003 à 2013. La participante entrait dans un miroir à 360 degrés pour défendre ses tenues, puis regardait ses vêtements partir un par un dans une grande poubelle. Le détail qu’on ne voyait pas à l’écran : la poubelle était symbolique, les vêtements en bon état étaient ensuite donnés à des associations. Le geste, lui, restait gravé. En France, M6 a diffusé Nouveau look pour une nouvelle vie pendant quatorze ans, de 2004 à 2018, avec Cristina Cordula aux commandes, seule à la présentation à partir de 2012. Le titre disait tout : pour changer de vie, il fallait d’abord changer de look, et quelqu’un d’autre savait mieux que toi lequel.

Cristina Cordula est devenue le visage du relooking à la française, et soyons honnêtes : elle a fait aimer la mode à des millions de femmes, moi la première. Ce n’est pas elle que je questionne, ce sont les formats. Pendant une dizaine d’années, Les Reines du shopping ont mis des femmes en compétition autour d’un concours de shopping, chacune jugeant le look des autres. En 2019, M6 a lancé Objectif 10 ans de moins, où des volontaires passaient trois semaines entre nutritionnistes, coachs sportifs et médecins esthétiques, injections de toxine botulique et facettes dentaires comprises, avant qu’un panel d’inconnus n’estime leur âge avant et après. Le premier soir, 1,58 million de personnes ont regardé, et une partie du public a reproché à l’émission de banaliser les injections, en réclamant plutôt de l’acceptation de soi. Le message de fond restait le même : notre valeur se mesure dans le regard des autres, et il existe une version de nous plus acceptable que celle que nous sommes.
Ce que ces émissions nous ont appris tient en une phrase : notre style est une faute, et la solution vient de l’extérieur. Il faut un regard expert pour nous dire ce qui ne va pas, une main ferme pour jeter, et une caméra pour constater le progrès. Jamais on ne demandait à la femme pourquoi elle portait ce pull, ce qu’il lui rappelait, ce qu’il la protégeait de montrer. On lui retirait. On ne l’écoutait pas, on la corrigeait.
Et le plus troublant, c’est que nos placards racontent l’histoire inverse. Une enquête de l’Observatoire société et consommation pour l’Ademe, menée en 2024 auprès de 4 000 personnes, montre que les Français estiment eux-mêmes qu’environ la moitié de leur garde-robe dort sur les cintres. Chez les quarante personnes dont les placards ont été inventoriés pièce par pièce, on déclarait en moyenne 91 vêtements et paires de chaussures, et on en possédait en réalité 195. On ne sait même plus ce qu’on a. Des décennies de « jette ça » et de « achète ceci » ne nous ont pas appris à choisir. Elles nous ont appris à accumuler, puis à culpabiliser.
Mon challenge dressing : personne ne jette à ma place
Cet automne, j’ai décidé de faire exactement l’inverse de ce que la télé m’avait appris. Pas de grand coup de balai, pas de sacs-poubelle remplis en un après-midi, pas de regard extérieur pour décider à ma place. Une règle toute simple : chaque jour, je porte le vêtement suivant dans mon armoire. J’ai commencé par les hauts, le côté des neutres puis celui des couleurs. Celui qui ne trouve pas sa place dans une tenue que j’ai envie de porter part au purgatoire. Et s’il n’en ressort pas, il part sur Vinted.
Ça a l’air anodin. Ça ne l’est pas. Parce qu’avec cette règle, je ne peux plus éviter les pièces que j’évite depuis des années. Je dois les enfiler, me regarder dedans, passer une journée avec elles. Et me demander, honnêtement, pourquoi elles sont encore là.
Il y a eu des échecs, et je vous les ai montrés sur mes autres réseaux et dans ma vidéo YouTube du challenge dressing. Il y a eu des surprises aussi, des pièces que j’avais condamnées d’avance et qui m’ont réconciliée avec elles le temps d’une journée. Et il y a eu ce pull, dont vous êtes nombreuses à m’avoir demandé s’il partirait sur Vinted. Oui, il ira.
Ce que mon tri m’a appris sur moi
La première chose que j’ai comprise, c’est qu’on ne garde pas nos vêtements par amour. On les garde par peur. Peur d’avoir mal dépensé son argent. Peur d’en avoir besoin un jour. Peur de renoncer à la femme qu’on était quand on les portait, ou à celle qu’on espérait devenir en les achetant. Chaque pièce oubliée au fond de mon armoire racontait une de ces peurs. Il y avait ces trucs trop grands que je gardais au cas où je reprendrais du poids, ces trucs qui me rappelaient une autre époque où je me trouvais canon et surtout tous ces trucs achetés parce que c’était la mode et qui ne me vont pas du tout…
La deuxième, c’est que laisser partir n’a de sens que si c’est moi qui décide. Quand quelqu’un jette à notre place, on perd un vêtement. Quand on choisit soi-même, on gagne quelque chose : on sait enfin pourquoi on le gardait, et on peut s’en libérer pour de vrai. Les femmes de ces émissions ressortaient avec une garde-robe neuve, mais personne ne leur avait appris à choisir la suivante. Je me demande souvent combien d’entre elles ont retrouvé leurs vieilles habitudes six mois plus tard.
La troisième, c’est que mon style n’était pas une faute à corriger. Il était juste enfoui sous des années de conseils, de tendances et de « à ton âge, on ne porte plus ça ». En portant chaque pièce, une par une, j’ai retrouvé ce que j’aime vraiment. Pas ce qu’on m’avait dit d’aimer. Ce qui me ressemble.
Moi aussi, je fais du relooking. Mais je ne t’enlève rien
Je suis coach en image. Sur le papier, je fais le même métier que ces émissions. Dans les faits, je fais tout le contraire, et ma formation de coach ICF a appuyé sur ces convictions. Je ne jette rien à ta place. Je ne te filme pas sous une lumière crue pour mieux te montrer ce qui ne va pas. Je ne t’impose pas le style d’une autre. Je te rends le tien.
C’est pour ça que j’ai créé Porte-toi. Une journée entière, dans mon bureau de Herve, avec cinq femmes au maximum. Tu viens avec la tenue que tu adores, celle dans laquelle tu te caches, la pièce que tu n’as jamais osé porter et celle dont tu rêves. Le matin, on travaille ton style avec ma méthode des 9 styles. L’après-midi, avec les outils du coaching que je me suis formée à utiliser, on regarde ce qu’il y a derrière : pourquoi tu gardes, pourquoi tu n’oses pas, pourquoi tu passes après tout le monde. Et tu repars avec un état d’esprit qui te ressemble, une définition personnelle de qui tu es et l’envie de continuer seule.
La prochaine journée a lieu le samedi 21 novembre, et les inscriptions ferment le 14. Toutes les informations sont sur imparfaites.be/porte-toi. Et si tu n’es pas prête pour une journée en groupe, commence par le test gratuit des 9 styles sur test.imparfaites.be. Ce sera déjà une première façon de te choisir.
Et toi, quelle émission de relooking regardais-tu ? Et quel vêtement gardes-tu « au cas où » depuis des années ? Raconte-moi en commentaire.
Photo de Lance Grandahl sur Unsplash


Laisser un commentaire