Je regarde autour du moi et je m’inquiète.

La maladie me fait peur. Très. Pas uniquement pour les personnes fragiles mais aussi pour moi, pour ma fille qui réellement n’a que moi. Cette peur-là, je la gère au quotidien. Je ne sors pas ou armée de gants et en évitant les gens. C’est tout ce qu’on peut faire après tout.

J’ai peur aussi pour mon boulot, pour tout ce que je lui donne depuis des années qui pourrait perdre toute sa valeur. J’ai peur parce que j’élève ma fille seule et que ce salaire que je gagne, c’est ce qui nous permet de garder un toit et de manger. Cette peur-là aussi, je la contrôle. Je garde foi en mon boss, en mon équipe et en notre créativité.

Et puis, de là où j’observe le monde, une autre peur naît.

J’ai eu le malheur de me réjouir…

L’autre jour, sur Facebook, j’ai partagé un lien disant que le nombre de cas avait chuté par rapport au jour précédent et que, si on continuait tous à faire attention, on finirait par vaincre cette saloperie. Ce n’était pas aussi clair, j’avais noté :

ON VA LA DEMOLIR CETTE SALETE LES GARS 💪💪💪💪💪💪
« Il s’agit d’une baisse du nombre de contaminations et du nombre d’hospitalisations. Ce recul témoigne d’une « évolution dans le bon sens », selon le SPF Santé publique. Mais « il ne faut pas relâcher les efforts », au risque d’être confronté à une « deuxième vague ». Les prochains jours seront cruciaux. « 
💪

Et une copine, que je ne vois jamais et qui donc, sans doute, ne me connaît plus vraiment, infirmière de profession, et donc particulièrement exposée à cette horreur, a très mal pris mon propos qu’elle a vu comme un encouragement à sortir, si j’ai bien compris. Je vous assure que ce n’était pas le sens de mon propos, que du contraire. Et je n’ai pas pensé deux secondes que les gens intelligents parmi mes contacts y verraient autre chose que : le confinement fonctionne, continuez.

J’avais besoin, moi, de me réjouir un peu. C’est égoïste, sans doute. Enfin, je ne sais pas, je pense aussi que les gens ont besoin de penser à autre chose : pour ma part, je me sens lentement sombrer vers la dépression et je pèse mes mots et cet article m’a redonné un brin d’espoir que j’ai voulu partager. Dépression, oui le mot est lancé. Je me sens sombrer vers une absence de goût de tout, l’espèce de conviction qu’on assiste à la fin du monde tant prédite et je lutte contre cette acceptation qui se fait lentement en moi parce que comment vivre avec une enfant quand sournoisement l’idée que c’est la fin naît en nous ? J’avais besoin de me dire que nos efforts payaient et qu’il y aura un lendemain.

Pour faire court, elle m’a virée. Soit. On ne se connaît plus, vous dis-je, mais j’ai surtout vu cela comme un témoignage affreux de ce que je vois partout : les conflits qui naissent d’objectifs pourtant similaires.

Mais partout, c’est pareil…

Partout je vois de la haine. Vous savez ? Cette haine qui naît de la peur.

On s’accuse de tout. Les indépendants hurlent à la chance des employés. Les employés hurlent aux vilains patrons qui les mettent au chômage. On accuse les supérettes de revendre des produits plus chers (alors que bon, on sait que c’est le principe de la supérette : c’est toujours plus cher que les magasins traditionnels). On accuse les gens qui vont prendre l’air dans la rue à deux. On accuse les restaurateurs qui osent ouvrir, les pépinières qui proposent de livrer, on juge ceux qui tentent de continuer de bosser pour sauver leur peau financière, même en toute sécurité, on accuse les gens qui publient des trucs légers même si plein de gens ont besoin de légèreté, bref, on passe son temps à déverser de la haine quand le monde n’a besoin que de bonté.

Chez Flexvision, où je travaille (depuis ma cuisine désormais), on a un écran géant qui ne sert pas. On s’est dit qu’on l’utiliserait bien pour remercier tous ceux qui travaillent dehors pour nous aider. Et on se demande si on va oser… On a un écran, on voudrait dire merci et on n’est pas sûrs que ce serait bien reçu. C’est con non ?

Moi je crois qu’on a besoin de clémence

Encore et toujours, la sacro-sainte bienveillance dont je parle au quotidien au final.

Je crois qu’on a besoin de retrouver un peu de positivité parce que la déprime et la dépression, ça tue aussi. La haine permanente tue aussi.

Nous sommes tous en colère, nous sommes tous effrayés, bouleversés, traumatisés finalement. Nous avons tous des familles qu’on aime, des gens qu’on a peur de perdre, une économie aussi, dont on a tous besoin pour… manger.

Et je crois qu’on doit TOUS se rappeler qu’on a peur et que la personne en face de nous a peur. Je comprends complètement cette copine : elle doit vivre l’horreur à laquelle je tente d’échapper en cherchant de l’espoir. Elle doit être plongée, immergée dedans. Et j’ai la chance de ne pas y être. Alors je la remercie pour ce qu’elle a le courage de faire, ainsi que tous ceux qui continuent à sortir et à courir des risques pour nous tous. Je regrette cette incompréhension mais je la comprends.

Mais je crois aussi que nous tous qui avons cette chance de rester à l’abri, nous devons réellement tenter de mettre de l’eau dans notre vin en ne cherchant pas à nous enfoncer les uns et les autres.

Chacun a le droit de ressentir les choses à sa façon, d’avoir besoin de plaisanter, de partager des trucs futiles ou de s’inquiéter pour l’avenir. Et je crois qu’on doit tous essayer de se serrer les coudes en s’encourageant plutôt qu’en cherchant là où les autres pêchent.

Et penser à autre chose…

Je pense enfin qu’il faut arrêter de diffuser des informations anxiogènes souvent fausses. Ne pas raconter que les animaux diffusent la maladie si on n’en sait rien. Ne pas extrapoler sur des intox et les diffuser pour faire peur.

La seule chose à diffuser concernant le Covid 19, c’est qu’il faut continuer à rester chez soi pour que, justement, le calvaire de ceux qui sortent s’arrête vite.

Et puis penser à demain, autrement. Partager des initiatives positives, douces, drôles pour que tout le monde trouve le courage de vivre chez soi cet avant-goût d’apocalypse.

Diffusons des sourires, des mots doux et du positif. Parce que je crois vraiment que c’est la seule chose qui pourra nous aider tous.