Vous le savez, Instagram, c’est le réseau que j’aime le moins, que j’utilise bon gré mal gré parce que je me dois de le connaître en travaillant dans le marketing, que j’observe d’un oeil souvent atterré en pleurant sur les dérives de la société.

Bien entendu, je trouve qu’on peut y croiser des perles créatives ou des compilations de grands éclats de rire, mais c’est tout de même le réseau qui fait ressortir le plus la misère dégueulasse de l’humanité.

Dernièrement, on peut carrément verser une larmichette sur la direction que prend le monde rien qu’en tapant dans la recherche de lieu ou de # des mots clés ou lieux tristes. Et là, on peut voir les gens se repaître d’eux-mêmes à grands renforts de mots clés bouleversants pour se regarder le nombril.

Comment ça marche ?

Il faut d’abord comprendre comment fonctionne instagram. Il est conçu autour des fameux hashtags. Ce petit symbole que l’on pose devant des mots clés et qui permet d’être trouvable sur ces mots clés.

Allez, je vous prends un exemple classique : je suis blogueuse, je veux que, si une personne cherche les blogueuses belges, elle puisse me trouver, j’identifie mes photos avec #blogueusebelge. Quand quelqu’un tapera ces mots dans sa recherche, ma photo ressortira.

Vous montrez vos créations artisanales, le #creationartisanale fonctionnera pour vous faire connaître.

On peut utiliser pas mal de # sous chaque photo afin de les faire afficher dans plusieurs types de recherche.

Surfer sur la tendance, c’est tendance…

Mais sur instagram, la pratique veut qu’on utilise des # tendances pour se faire « repérer ». Ceci explique les #ootdbloggers #outfitinspiration et autres #ootd qui sont utilisés à mort par les instagrameuses mode. Le but ? Arriver dans le top des résultats de chaque #.

Donc quand tu as envie de te faire connaître, parvenir dans les 9 premiers des résultats, c’est cool. Mais être dans les résultats tout court et pas trop bas, c’est une bonne façon de se faire découvrir, si tu me suis.

Les instagrameurs assoiffés de reconnaissance se tiennent donc au courant des # qui sont très recherchés par les internautes et surfent sur la vague.

Quand je dis « assoiffés de reconnaissance », je pèse mes mots. Parce que voilà, les # tendances, parfois, n’ont RIEN A VOIR avec les domaines de prédilection des instagrameurs…

#bushfiresAustralia

Eh oui, messieurs dames, les mots clés tendances actuellement parlent des drames australiens. #bushfires #bushfiresaustralia

On peut se réjouir que la communauté ne reste pas silencieuse devant ce désastre. Sauf que dans cette communauté, on trouve aussi des gens qui usent et abusent de ces hashtags pour… se montrer et se faire connaître.

Allez, des exemples…

Celles qui postent des photos qui les mettent en valeur dans un environnement sauvage pour rappeler que « la nature c’est trop important »…

Celles qui partagent leurs jolies frimousses et leur amour du voyage « I’m so excited »

Tu trouves aussi tout un tas de gens qui, sous prétexte de soutenir la cause (ou même pas d’ailleurs hein) identifient carrément leurs produits à vendre… Pourquoi se gêner après tout ?

Tu as les champions qui font des make up d’arbres en feu… nan mais parce que c’est super important de parler du sujet quoi…

Alors après, je sais ce qu’on va me dire : respecte leur droit à l’image Chryyyyyyys.

Honnêtement, nope. Je pense pas qu’ils démontrent une preuve de respect de quoi que ce soit dans leurs profils publics donc bon… Non.

Et qu’on ne vienne pas me dire non plus « non mais Chrys c’est un youtubeur/une instagrameuse super célèbre et très gentil(le)/avec un passé douloureux. Je m’en fous. Qui que soient ces gens, ils me laissent sans voix.

J’irai danser sur vos tombes…

Si on veut encore un peu plus pleurer sur l’humanité, on peut se rendre sur les lieux virtuels d’Instagram et aller voir ce qu’en font les gens. Pompon sur le gâteau (j’essaie de dédramatiser en disant des trucs rigolos mais ça ne marche pas…) : le Mémorial aux Juifs Assassinés d’Europe à Berlin.

On est bien d’accord que c’est bien que la culture soit partagée par tous. Oui, oui, on est d’accord. Après, c’est un mémorial. Un monument réalisé en la mémoire de 6 millions de personnes assassinées quand même.

En gros, ce monument présente des stèles font 2,68 m de long, 0,95 m de large, et de 0 m à 4,7 m de haut. Elles sont censées produire une atmosphère de malaise et de confusion, représentant un système supposé ordonné qui a perdu le contact avec la raison humaine.

Loupé. Beaucoup ne se sentent ni confus ni mal à l’aise.

Sur instagram, par contre, on dirait bien que la donnée tragique a été zappée par bon nombre de beaux gosses et autres belles demoiselles qui y voient surtout un objet de décoration pour leurs photos…

Entre ceux qui posent en taquant leurs fringues #OOTD, ceux qui sont morts de rire, ceux qui se roulent un patin, ceux qui font du sport, ceux qui profitent du lieu pour montrer leur nouvelle paire de baskets, tout est bon.

La plupart de ces dernières photos sont issues d’un SUPER compte instagram qui répertorie les dégâts que ce réseau fait sur les lieux publics, la faune ou la flore : insta_wrecked.

On y voit l’envers du décor de ces jolies photos dans les champs de lavande où des touristes se bousculent par centaines en abîmant la production des lavandières. On y voit comment, malgré des interdictions pour protection de la faune locale, beaucoup posent là où ils ne peuvent pas juste pour avoir le même joli cliché que telle super instagrameuse ultra connue.

Bref, on y voit que rien ne gêne un instagrameur qui a faim de reconnaissance et de likes.

Comment on arrête la roue ?

Rha la la, si je le savais. Si je comprenais comment on peut revenir en arrière…

Je propose quand même qu’Instagram instaure une vraie modération dans ces domaines de valeur au lieu de censurer les bouts de tétons des femmes qui sont, me semble-t-il, bien moins choquants que des gens en train de danser sur la mémoire de gens qui sont morts ou qui meurent tragiquement.

Je propose aussi que, dans nos écoles, on apprenne aux enfants que les lieux touristiques, qu’ils le soient par devoir de mémoire ou par beauté majestueuse de la nature, ça se respecte. Au lieu de tas de cours inutiles (si, si, même moi je pense que c’est moins important d’apprendre les règles communes aux récits policiers, c’est dire), il me semble que certaines valeurs méritent d’être rappelées parce que les réseaux sociaux, et celui-là en particulier, sont carrément en train de travailler dans le sens contraire.

Mais encore une fois, c’est peut-être moi qui deviens très très vieille…