Un an après avoir quitté mon job et développé tout un projet, j’en reviens à mon état normal : celui où j’ai de nouveau mille envies à la minute, aucune envie de choisir et besoin d’être partout à la fois.
Depuis toujours sur des rails
Tu vois, moi, j’ai grandi, comme beaucoup, avec l’éducation traditionnelle où tu choisis un métier et c’est pour la vie. Beurk.
Je n’ai pas cette capacité à m’installer pour toujours. Je trouve que tout perd son sel quand on sait que c’est définitif. J’admire les gens qui ont cette constance, ne vous méprenez pas, je trouve que ce sont des héros du quotidien et je n’ai pas ce côté héroïne. Moi, je continue de courir derrière les papillons qui passent comme à 5 ans.
On m’a dit d’être sur des rails sauf que moi, les rails, ça me fait dérailler.
Vivre cent vies
J’ai déjà un article qui porte ce nom. Je le sais parce que j’y pense souvent. C’est une des chansons de Goldman qui me fait le plus écho.
J’aimerais tant être au pluriel
Quand mon singulier me rogne les ailes
Etre une star en restant anonyme
Vivre à la campagne mais en centre ville
Effacer mes solitudes
Sans dieu, ni famille et sans habitude
Blanche princesse ou masseuse à Bangkok
Sage philosophe et puis chanteur de rock
Brûler mes nuits, noyer mes jours
Etre fidèle à des milliers d’amours
Vivre sa vie, rien que sa vie
Crever d’envies, un petit tour et fini
Ça fait trop mal, c’est pas moral
Vivre même à demi, tant pis, mais vivre cent vies
Oui, moi j’ai envie de vivre ces 100 vies, même à demi.
C’est pour ça que quand la maison d’édition m’a imposé une réécriture de mon roman qui m’aurait pris tout mon temps alors que je crée mon entreprise, faire un choix me paraissait impossible.
Je renonce à être un grand auteur, je n’ai pas d’ambition phénoménale, j’ai juste envie d’écrire des histoires et si elles ne doivent être lues que de 100 personnes et bien ça me va.
Comme je ne donnerai pas 100% de ma vie à mon entreprise parce que je ne vise pas un univers de richesses absolues : je vise un univers où je suis contente d’arriver chaque matin.
Coach en image ? J’adorais… ponctuellement. Trop de colorimétries tue la colorimétrie.
Coach ? Je savais, rien qu’en entamant ma formation, que ce serait parfait… pour une partie de mon horaire.
Alors yolo, je me suis dit que j’allais faire tout ça et tant pis pour la cohérence.
Dans un monde incohérent, pourquoi devrait-on l’être, nous ?
Vous avez deux heures…
Je n’ai pas envie d’être cohérente : l’humain est un être changeant, vouloir à tout prix le contraindre à n’avoir qu’une seule et unique voie, qu’une seule et unique mission, c’est aussi le limiter si son coeur bat ailleurs.
C’est merveilleux, si une personne aime écrire au point d’y consacrer 8h de sa journée. C’est beau et presque mystique. C’est de ces gens qu’on fait les grands auteurs, souvent.
Mais tous les autres ? Sous prétexte de n’éprouver l’envie d’écrire qu’une heure durant la journée, devrait-on enfouir cette envie à jamais ou simplement l’accepter pour ce qu’elle est, un plaisir ponctuel, partagé avec une audience parfois aussi restreinte que discrète. Et alors ?
Je me rappelle le poids fou que ma fille se mettait au moment de choisir ses études supérieures, comme si elle prenait LA décision qui allait l’obliger à poser son pieds sur ces rails de l’enfer à tout jamais. Alors je lui ai rappelé que la vie était longue et qu’il y avait des aiguillages un peu partout.
Moi, je crois aux aiguillages.
Et si ça ne marche pas ?
Cet argument sans cesse ressassé pour éviter de changer de direction…
Eh bien chacun son truc en fait. Tout dépend avec quoi tu arrives à vivre : remords ou regrets ?
Quoi qu’il en soit, même s’il n’est jamais simple d’affronter un échec, vivre sans savoir me paraît tellement irrespirable. C’est certain qu’en restant là où tu es, tu ne risques pas de te planter. Et peut-être que le succès ne serait que tout petit. Mais a-t-on toujours besoin d’un succès éclatant pour ressentir la vie dans nos veines ? Je n’en suis pas tellement sûre.
J’aime changer d’aiguillage avec, toujours, l’espoir d’arriver un jour à destination mais vous savez ce que j’ai fini par me dire ?
C’est finalement voir les paysages et les saisons changer qui me donne l’impression que la promenade vaut la peine.


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