Un article qui va nous valoir une chute de lectorat, c’est certain, mais tant pis. Ce blog reste avant tout un lieu de paroles, souvent très légères, parfois moins et là, je n’ai pas envie d’être légère.

Je me suis réveillée avec, dans mon fil d’actualités, cette atroce photo d’un bébé de 3 ans, échoué sur la plage, noyé.

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Ce petit garçon a alors divisé le monde… Ceux qui voudraient que nos pays aident ces gens. Et ceux qui estiment qu’ils doivent rester dans leur pays en guerre.

Certains accusent les parents qui lui ont fait courir ce risque immense pour “pouvoir profiter des richesses de l’Europe”. Ces parents “égoïstes qui veulent s’engraisser à nos frais”.

J’ai lu des milliers de conneries qui me retournent le cœur. Des gens qui traitaient d’autres gens d’animaux, de sous-hommes, certains qui se réjouissaient de cette mort-là.

J’ai vu des gens répondre à cette photo par des vidéos de migrants plus chanceux pour démontrer que “ils sont loin de souffrir”, “la presse nous manipule”.

A croire qu’on parle d’un fait évaluable ou quantifiable. A croire qu’on parle d’un détail politique de base. A croire que parce que ces gens ont le malheur de venir de Syrie, ils aiment moins leur enfant que vous ou moi. A croire qu’ils ont choisi cette fin. A croire qu’on s’en fout de ce petit être qui n’aura connu que la guerre et qui a dû mourir pour trouver la paix.

A croire qu’on n’a rien de mieux à offrir que la haine.

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De part et d’autre, les gens s’insultent. Autour d’un cadavre d’un petit garçon.

Alors ok, ses parents lui ont fait courir un risque immense. Mais à quel point faut-il être acculé pour monter sur une telle embarcation et miser la vie de sa propre chair? Quel parent fait un tel choix sans les meilleures raisons du monde?

Je ne pense même pas être naïve quand je dis qu’on ne risque pas la vie de son enfant si ce n’est dans l’espoir de la sauver. Parce qu’il vaut mieux le voir mourir que vivre là où il est né.

Au lieu de chercher des solutions, on veut fermer les frontières en même temps que les yeux. Parce que c’est facile d’ignorer l’atroce. Je vous offre immédiatement le point Godwin mérité : en 40, des gens ont vécu à Auschwitz une vie épanouie.

Nos dirigeants, élus par nous, contribuent à apporter la guerre partout dans le monde. Et nous voulons nous laver les mains, dormir sur notre trésor, sait-on jamais qu’on nous enlèverait un avantage pour financer le sauvetage d’un navire de fortune sur lequel des familles tentent de trouver un refuge.

Que l’Europe ait du mal à gérer ce sauvetage, que leur arrivée complique les choses, c’est un fait. Et alors? Doit-on laisser une personne blessée sur le sol simplement parce qu’on n’a pas de civière???

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Fabriquer la civière nécessaire, voilà un défi à relever. Voilà ce qui prouverait la grandeur de l’Europe qui, après le mal qu’elle a fait de par le monde au travers des siècles, devrait peut-être envisager de se redorer le blason sur l’échelle de l’humanité.

Mais peu importe : tout ce que j’ai vu, ce sont des barbares qui s’étripent sur des forums et des groupes facebook autour du corps échoué d’un petit garçon de 3 ans que l’on traite d’animal.

Bienvenue en Europe.

(Et au cas où, un petit coup d’oeil sur ceci ne fera pas de tort…