Vous savez que pour moi, défendre l’image de la femme, de la VRAIE femme, telle qu’elle est, c’est une chose réellement cruciale.

Donc quand j’ai rejoint l’aventure ADNC, il était hors de question que je ne travaille qu’avec des modèles classiques qu’on voit partout.

C’est pourquoi nous avons par exemple organisé un défilé avec des nanas qui avaient ENVIE de défiler, qui avaient la pêche, le sourire, la patate, peu importe leur morphologie ou leur âge.

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Comme c’est une idée que je défends beaucoup, forcément, pas mal de femmes m’ont demandé pourquoi notre « modèle » sur la page Facebook était toute mince. Bah oui, c’est Gab qui me sert de modèle. Pourquoi? Tout bêtement parce que je l’ai sous la main quand on reçoit des pièces. Mais les clientes avaient raison : c’est contradictoire.

Donc j’ai fait appel à des copines « tous formats » pour venir faire la même chose quand elles sont dans le coin et la première à s’être proposée, c’est ma somptueuse copine Carole, une bombe rayonnante avec un sourire pepsodent, un style de malade, bref, la classe quoi. Elle est venue de Bruxelles pour me donner ce coup de main (j’ai des copines sympas que voulez-vous?).

On a fait quelques photos en deux-deux, histoire de montrer les mêmes vêtements sur une autre femme.

Et bien entendu, je n’ai rien retouché. Enfin, j’ai mis un filtre VSCO pour faire ambiance, mais c’est tout.

Et j’ai eu un retour qui m’a laissée sans voix.

Avant d’aller plus loin, il me paraît plus honnête de préciser que je connais la personne qui donne cet avis. Il s’agit d’un jeune modèle de 23 ans, très jolie, étudiante en marketing, qui, bizarrement, n’avait jamais eu aucun autre conseil à nous donner précédemment. Donc la première fois où elle daigne m’adresser la parole, c’est pour donner « un humble avis » négatif sur du « marketing ». (Etonnant comme je n’ai jamais reçu de commentaires positifs lorsque les photos sont faites par un pro avec un modèle. Trop banal peut-être?)

Mais voilà, elle illustre à merveille ce contre quoi je lutte au quotidien.

« Les multinationales de la mode », justement, je les vomis. Je n’ai aucune envie d’imiter Zara (je vous l’ai déjà dit dans cet article) ou Abercrombie (voir cet article).

Cautionner le comportement de ces « multinationales de la mode », lorsqu’on est une femme, ce n’est ni plus ni moins qu’une limitation intellectuelle. Une femme qui réfléchit trois secondes sait qu’elle ne rentrera pas plus de quelques années dans les critères de beauté imposés par ces marques. Ces multinationales tant admirées par cette experte en marketing ont en effet pignon sur rue mais elles sont avant tout responsables d’un asservissement féminin  dont mon interlocutrice est la première victime.

J’aurais pu gommer Carole, faire comme toutes ces boîtes hypocrites qui vous montrent des modèles grandes tailles sans une once de cellulite, avec une taille toujours bien marquée, et évidemment que pour une publicité, j’aurais fait appel à un photographe qui aurait fait quelque chose d’hyper joli. Sauf que sur Facebook, les gens veulent s’imaginer dans les vêtements. ET PERSONNE ne reste figé dans une position parfaite qui planque chaque bourrelet. Ici, on MONTRE aux femmes, de toutes morphologies, ce que donnent nos vêtements sur elles.

Mais j’aurais pu.

J’aurais pu faire comme La Redoute et vous montrer des « femmes rondes » comme celles-ci :

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Non, sincèrement, plus je regarde et moins j’ai envie de suivre l’exemple des « multinationales de la mode ».

Abercrombie s’en est pris plein la gueule avec sa morale à vomir. Et je pense que les gens sont en plein réveil : ils n’avaleront plus très longtemps ce lissage commercial, ce « cool » dégueulasse où toutes les nanas « belles » sont en fait couvertes d’artifices, avec des photos de profil plus lissées que mon chemiser repassé par ma grand-mère. Le monde ne voudra plus longtemps avaler que la couleur des yeux des filtres snapchat (ou des retouches de photographe pro hein, c’est pareil) c’est une couleur naturelle. Le monde, enfin un certain monde hein, je ne parle pas du monde qui gravite autour des peoples de la téléréalité à la célébrité aussi fulgurante qu’une comète qui ne reviendra jamais plus, le monde veut mieux que ça. Le monde a une morale que les fadas robotisés des multinationales ne peuvent pas entrevoir trois secondes.

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Alors l’entourage dont l’avis est intégralement négatif, je m’en balance. L’avis de gens hyper sûrs de savoir ce qu’ils font et où ils vont, l’avis de gens qui, finalement, n’ont que leur paraître à vendre, je m’en fous. Et pas mal de mes clientes et de mes lectrices s’en foutent.

Pourquoi je le prends de manière personnelle?

  1. Tu as raison, petite demoiselle : je ne corresponds pas (ou plus) aux modèles de ces multinationales que tu défends. On sait très bien que c’est ce que tu sous-entends et je te le concède volontiers.
  2. Mais je le prends de façon personnelle parce que TOUS LES JOURS, j’entends des femmes me parler de leur mal-être. Et ce mal-être est dû essentiellement aux « multinationales » (et à tous ceux qui leur donnent du crédit). Je le prends mal parce que cet avis « humble » représente exactement ce que la société a de petit et de dégueulasse, d’amoral, d’inhumain et de faux.

Mon esprit est fermé?

Oui totalement. Mais alors à ce sujet TOTALEMENT. Hermétique même. Je n’écouterai JAMAIS quelqu’un me dire que je dois gommer ma Carole, ou la mettre « mieux » pour qu’elle rentre dans le moule que d’autres ont choisi. Parce que des tas de nanas comme elles sont soumises à ces critiques de merde tous les jours alors que finalement, en plus d’être une bombe qui en jette dès qu’elle entre dans une pièce,  elle en a dans la tête et se construit une vie avec des choix et des combats.

Alors  je devrais oublier tout ça pour « faire comme toutes les multinationales de la mode »?

Bah écoute non.

Non, merci. Et je te suggère de ne plus venir « acheter » chez nous puisque notre marketing est si mauvais. Je pense en effet que nous n’avons pas la même ligne éditoriale. Enfin franchement, j’espère.

Et quand tu seras une grande personne, que l’âge et les kilos seront venus, qu’un mari riche t’aura quittée pour une plus jeune et correspondant mieux aux critères des « multinationales de la mode », repense à moi. Et à ce moment-là, tu seras réellement humble.

L’humilité, c’est aussi la bienveillance envers l’être humain. Et les multinationales de la mode, crois-moi, elles en manquent cruellement.

Je préfère rester une gentille start-up avec un sens moral.

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Et crois-le ou non, il y a plein de gens qui pensent comme moi. Je te laisse tous les autres.