J’ai ouï dire (et le monde ne cessera jamais de m’étonner) qu’on me soupçonnerait de ne pas afficher la réussite de ma fille au CEB « parce que je serais déçue de ses points ».

J’ai hésité 3 minutes entre rire et larmes et je me suis dit « vas-y ma grande, écris, ça t’occupera l’esprit ».

Donc non, je n’ai pas affiché les résultats de Lola sur Facebook. Déjà parce que je ne les ai pas. (Je félicite d’ailleurs les fortiches qui ont soutiré les informations je ne sais où. Personnellement, ça ne m’empêchait pas assez de dormir.) Je les aurai cet après-midi.

Ensuite parce que de toute façon, je ne les afficherai pas. Pas plus que je ne ferai le tour de la famille en espérant pour elle un cadeau ou, comme on dit chez nous, une dringuelle.

Pourquoi?

Parce que, déjà, réussir un CEB, qui est un examen d’état, ne prouve rien à mes yeux.

Lola m’a demandé il y a quelques semaines « à partir de combien je serais contente »… et je vous avoue que la question nous a entraînées dans une loooongue conversation. Elle m’expliquait qu’elle serait contente à partir de 90/100. Pour ma part, je lui ai expliqué que les points précis, dans 20 ans, n’auront plus la moindre importance dans sa vie et que chiffrer la fierté de son apprentissage est complètement aléatoire. Pour certains, avoir 9 est insuffisant et pour d’autres, un 6 est merveilleux.

Je ne vous dirai donc pas, pas plus qu’à elle, « à partir de combien je serai contente » parce que je suis déjà contente.

Je suis contente qu’elle achève ses primaires en sachant écrire sans fautes, en sachant compter sans encombres et en ayant des connaissances basiques solides. Je suis contente qu’elle aime lire aussi.

Je suis fière d’elle parce que, quels que soient ses points, elle les aura mérités intégralement seule. Hormis un sauvetage logistique de dernière minute pour son travail de fin d’année, je n’ai rien à voir dans sa réussite. Je n’ai surveillé aucun devoir, relu aucune rédaction, corrigé aucune préparation.

Je suis fière qu’elle ait mené seule son chef d’oeuvre, que j’appellerais personnellement un Travail de Fin d’Etudes (si, si, quand tu fais un dossier de 30 pages, un powerpoint et tout le toutim, c’est un TFE). Fière qu’elle y ait travaillé toute l’année et pas en dernière minute comme moi je l’aurais fait.

Je suis fière qu’elle prenne l’école à coeur, qu’elle soit consciente que sa réussite scolaire ne peut venir que d’elle.

Et pour le reste, je n’étalerai pas ses points parce que je suis lucide aussi : j’ignore TOTALEMENT ce qui adviendra de son parcours scolaire. J’ai fait du mieux que j’ai pu pour le mettre en ses mains, qu’elle le vive comme une responsabilité personnelle MAIS je sais que l’adolescence peut tout changer. Afficher ses points pour faire quoi? Peiner ceux qui galèrent? Concourir à l’épreuve de « la meilleure enfant »???

Je vois très peu de parents afficher les échecs et les difficultés. Et je comprends totalement cette hésitation. Du coup, nos murs Facebook semblent couverts de réussites brillantes. A croire que la Belgique détient la palme du meilleur système scolaire (je me gausse).

Je n’affiche pas les points de Lola parce que ce n’est pas ça qui est important dans ce moment.

Ce qui est important, c’est ce cycle qui s’achève, cette page qui se tourne, cette avancée dans la vie. Une fin de chapitre belle et qui se clôture par un certificat qui n’est, à mes yeux, qu’un rituel de passage.

A partir de combien je serai contente?

A partir de QUOI je serai contente?

Je suis contente. Fière. Fière que ma petite fille, comme vos enfants d’ailleurs, avance dans la vie et devienne grande. A combien ça se chiffre ça honnêtement?

Donc Lola, quoiqu’on puisse te dire, je le dis publiquement ici : je suis ultra méga fière de tes points que je n’afficherai pas et de tes talents. Mais je suis surtout fière de ton courage, de ton humour, de ta gentillesse, de ta compassion, de ta patience, de la petite femme que tu deviens et qui est bien meilleure que je ne l’ai jamais été.

Bravo ma chérie! En route vers l’infini et au-delà!