Je suis rarement une grande accro à un auteur. Je peux adorer un roman et détester le suivant. Ken Follett a marqué ma vie avec les Piliers de la Terre alors que son Troisième Jumeau m’a ennuyée à mourir. Jeune, j’ai aimé Les Fourmis ou Les Thanatonautes de Werber et depuis, je trouve vraiment qu’il fait du caca en boîte.

Mais Nick Hornby, c’est un peu dans ma vie le pendant de Stephen King, version “douceur d’hiver”.

C’est mon amie Sandrine qui me l’a fait découvrir avec un de mes romans préférés Haute Fidélité.

Alors oui, il tombait à pic puisque j’avais l’âge des héros, les mêmes questions générationnelles et les mêmes angoisses de couple. Mais je lui ai gardé une grande tendresse : je crois qu’en 2015, on n’arrête plus vraiment de se poser ces questions-là et de réfléchir à deux fois avant de devenir adulte pour de bon.

Allez, je vous fais le pitch…

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Rob, trentenaire vendeur de disques, se fait plaquer par Laura, qu’il pensait être THE one. Il décide alors de retourner voir les autres femmes de sa vie, jusqu’à la toute première qui l’a laissé tomber sur une balançoire à douze ans. 

C’est un roman tendre et drôle rythmé par la BO mentale de Rob qui pense en musique, qui transmet son humeur par des titres de chansons (à écouter avec Spotify, donc…), une lecture douce-amère qui fait rire et pleurer.

J’ai aimé tellement que je l’ai lu une dizaine de fois, ça vous situe.

Cela dit, j’ai aimé aussi A propos d’un gamin.

9782264051912

Ici, c’est l’histoire terrible de la rencontre d’un gamin paumé à la mère dépressive avec un trentenaire solitaire, riche et sans attache. 

Vous savez comment je peux vous faire aimer cet auteur? En vous filant les citations que j’ai le plus aimées… C’est parti!

Il ressentit soudain pour lui un petit élan d’affection. Marcus était si enfermé en lui-même, si indifférent à tout et à chacun, que l’affection semblait la seule réponse possible : l’enfant, d’une certaine façon, semblait à la fois ne réclamer absolument rien et réclamer absolument tout.

Les cadeaux de Clive à Marcus étaient, en eux-mêmes, irréprochables, des jeux vidéos, des sweat-shirts, une casquette de base-ball et le disque de Mr Blobby, etc., mais ce qui les chargeait de sens était leur contraste avec la petite pile sans joie de ce que Fiona avait offert à Marcus plut tôt dans la journée : un pull qui n’arrangerait pas ses affaires à l’école (il était ample, pelucheux, et prétentieux), quelque livre et des partitions de piano – une allusion maternelle gentille et très pesante, semblait-il, au fait que Marcus avait laissé tomber ses leçons depuis quelque temps. Marcus lui montra ce misérable butin avec une fierté et un enthousiasme qui brisèrent presque le cœur de Will… « Et un très joli pull, et ces livres ont l’air vraiment intéressants, et ces partitions parce qu’un jour quand je…quand j’aurai un peu plus de temps je vais vraiment m’y re… » Will n’avait jamais véritablement estimé que Marcus était un bon gosse – jusqu’à maintenant il n’avait remarqué que son côté excentrique et embarrassant. Mais c’était un bon gosse, Will le voyait maintenant. Pas bon en ce qu’il était obéissant et résigné ; c’était plutôt une sorte de bonté d’âme, comme regarder un tas de cadeaux ringards, et se rendre compte qu’ils étaient donnés avec amour et choisis avec soin, et que c’était l’essentiel.

“Comment ne pas devenir ainsi le genre de type qui tombe en miettes quand son premier amour tourne mal ? Quelle fut la cause, et quel effet ? La musique, ou le malheur ? Est-ce que je me suis mis à écouter de la musique parce que j’étais malheureux ? Ou étais-je malheureux parce que j’écoutais de la musique ? Tous ces disques, ça ne peut pas rendre neurasthénique ?”

“Si je me débrouille pas trop mal avec les filles, ce n’est pas grâce aux vertus que je possède, mais grâce aux défauts qui me manquent.”

Peut-être que nous vivons tous de façon trop aïgue, nous qui absorbons des choses affectives tous les jours, et qu’en conséquence nous ne pouvons jamais nous sentir simplement satisfaits : il nous faut être soit malheureux, soit violemment, extatiquement heureux, et de tels états sont difficiles à obtenir au sein d’une relation stable, solide.

Le couple parfait, à mon avis, c’est une lectrice de Cosmopolitan avec un garçon de 14 ans.

Les photos de moi enfant….et bien, je me suis mis à avoir un pincement au cœur en les regardant – ce n’est pas tout à fait de la tristesse, mais une espèce de regret calme et profond. Il y en a une où j’ai un chapeau de cow-boy et où je pointe un pistolet vers l’objectif, et maintenant je n’arrive plus à la regarder. Je me sens coupable à l’égard du gosse, j’ai envie de lui dire : « Désolé, je t’ai laissé tomber. J’étais censé veiller sur toi, mais j’ai déconné : j’ai pris de mauvaises décisions aux mauvais moments, et je t’ai transformé en moi. »

Laura a livré au moins deux, peut-être même l’ensemble, des informations suivantes :
1) Que j’ai couché avec une autre fille alors qu’elle était enceinte.
2) Que mon aventure a joué un rôle direct dans l’interruption de sa grossesse.
3) Qu’après l’avortement, je lui ai emprunté une grosse somme d’argent et que je ne lui en ai toujours pas remboursé un centime.
4) Que, peu avant son départ, je lui ai dit que j’étais malheureux avec elle, et que peut-être en un sens pour ainsi dire je cherchais vaguement quelqu’un d’autre…
Est-ce que j’ai vraiment fait et dit des choses pareilles ? Absolument. Y a-t-il des circonstances atténuantes ? Pas vraiment.
Avant de me juger – mais c’est sûrement fait – sortez d’ici et notez les quatre pires choses que vous ayez faites à votre partenaire, même si – surtout si – votre partenaire n’est pas au courant. N’enrobez pas ces choses, n’essayez pas de les expliquer ; notez-les, c’est tout, faites-en la liste la plus sèche possible. Ca y est ? Alors, le sale connard, c’est qui ?

Oui, je vous l’accorde, il n’est pas tout le temps rigolo Nick. Mais il est un peu nous, non?

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