Je sais que je commence à tourner dans mon bocal, en m’emballant de la sorte contre le culte de la maigreur. Mea Culpa si ça me tient à coeur, j’ai enseigné un temps dans une unité hospitalière spécialisée dans les adolescentes anorexiques et vous pourrez me dire tout ce que vous voudrez, le jeu des médias influence.

Donc après avoir mené ma petite enquête sur Abercrombie, forcément, je suis tombée sur un article interpellant de TerraFemina intitulé “Les magazines féminins grossissent les mannequins pour en faire de belles anorexiques”…

Pour vous résumer l’idée, en effet, les mannequins sont malades mais pour conserver la maigreur de leurs bras par exemple, on planque leurs côtes histoire qu’on ne leur jette pas des hamburgers à la tronche.

En gros, être anorexique, oui, mais belle alors. Exactement comme lorsqu’on lisse les rondeurs pour qu’on ne voit pas la cellulite.

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Parce que ce serait dommage que tu réalises que faire 35 kilos, c’est être maigre. Ou que faire un 28, c’est avoir des côtes saillantes.

(haaaaan je fais 35 kg et tu me traites de maigre, méchante. Je suis tout à fait normale, je mange beaucoup et c’est mon poids naturel. C’est marrant, vous voyez, une nana de 100kg ne va jamais se dire qu’elle est “normale”. Elle sait qu’elle est ronde. Qu’elle le vive bien ou mal, elle ne va pas s’insurger en hurlant qu’elle est “dans la moyenne de la population”…)

Alors bien entendu, l’anorexie est une maladie mentale qui nécessite autre chose qu’une influence médiatique. Mais il n’empêche que ce jeu d’influence va rendre mal dans sa peau toute une génération… Elle va pousser de toutes jeunes filles à surfer sur les blogs pro-ana, à essayer de ressembler à des anorexiques parce que l’anorexie, “c’est sexy”.

“C’est aux parents de faire l’éducation des jeunes”. Ah oui. Bon bah alors tant pis pour tous ceux qui n’ont pas de parents présents, tiens, t’as raison.

Après, vous pourrez venir me faire tout un numéro de maigres insurgées disant qu’on ne dit rien sur les grosses, qu’on trouve normal qu’on fasse du XXXL mais pas du XXXS, mais, jusqu’à nouvel ordre et si je ne m’abuse, toutes les pubs ne vantent pas les mérites des XXXL.

Le jour où on poussera les femmes à faire 150 kilos, je crierai au scandale. Sans pour autant cracher sur celles qui font ce poids au naturel.

Vous pouvez aussi hurler au scandale parce qu’il existe des magasins “Grandes tailles” qui “encouragent l’obésité”. Je m’esclaffe. Il est bien connu que l’obésité est tellement hype que des tas de filles s’empiffrent pour s’habiller XXXXL… Argument invalide et navrant de petitesse. Les obèses ont des magasins grandes tailles parce que les marques ne veulent pas d’eux. Point barre. Tu le sais, je le sais. Sauf que toi, ça te gêne pas.

Mais pour le moment, c’est 58cm de tour de taille que les créateurs prônent. Pour le moment, c’est l’ultra maigreur qui est partout. Au point que les filles qui posent sont notoirement malades. A ce sujet, si tu doutes encore, va jeter un oeil à cet article, qui dénonce les pratiques courantes dans ce monde bien dégueu…

Alors si tu rentres dans les critères, tant mieux pour toi. Mais pense, ne serait-ce que par réflexion ou humanité, à toutes ces nanas qui se rendent malades pour te ressembler. Ou pense au jour (qui ne viendra pas, me diras-tu), où partout dans les magazines, on ne verra que du XXXL et que, malgré des goinfrages qui te rendront malade, tu n’arriveras plus à ressembler à l’icône de la mode.

Lorsque je lis les commentaires absolument effarants de vraies CONNASSES qui viennent dire qu’une nana qui fait un 40 est une BALEINE, j’ai un peu envie de leur souhaiter de vilaines choses et c’est pourtant pas mon genre.

C’est comme si des blancs, au moment où les noirs réclamaient des droits durant l’apartheid venaient pleurer sur le fait qu’éventuellement on envisage de donner les mêmes droits à l’autre couleur. Parce que ça reste de la discrimination, les gars, faut se réveiller. Quand un 40 est la taille LARGE d’une marque, c’est de la discrimination, de l’intimidation, de l’humiliation. Alors si tu as envie de soutenir ça parce que tu as la chance de faire un 36, grand bien te fasse, mais par pitié, ne viens pas chialer sur nos épaules. Et c’est un 34 et un 38 qui parlent.

Les pitoyables justifications d’employés de chez Abercrombie sous notre article, ponctuées de preuves significatives qu’on ne les a pas embauchés pour leur intellect, font honte à la nature humaine.

Lisez les commentaires de nanas anorexiques. Oui, c’est une maladie. Non, elle n’est pas uniquement liée à un problème psychologique et nombreuses sont celles qui disent avoir été entraînées dans une spirale démarrant de ce que la société nous impose comme modèle.

L’anorexie N’EST PAS sexy. L’anorexie tue. L’anorexie c’est une maladie qui détruit les corps (perte de cheveux, peau abîmée, problèmes cardiaques, disparition des règles) et les âmes. Quoique la publicité et les magazines tentent de nous vendre, l’anorexie est tout SAUF sexy.

L’anorexie, c’est ça :

PicMonkey CollageAlors ne venez pas me dire que je fais du “body shaming”. Je ne me moque pas de ces corps. Je veux que vous réalisiez avant qu’il ne soit trop tard pour vous, votre petite soeur ou votre fille, que l’image qu’on impose est destructrice. Et sans parvenir à ces extrémités, cette image garde les femmes dans un état de perpétuelle remise en question.

“Moi je suis bien dans ma peau, ça mérite pas un article, faut apprendre à vivre avec soi-même”… Clapclapclap. Sous prétexte que TU vis bien avec ce que tu es, laisse les autres dans la merde, tu as raison, ça va faire avancer les choses.

Je ne vais pas vous faire l’analyse de tous les commentaires à la con lus sous cet article. Heureusement, nous avons des lecteurs pour leur répondre (peine que nous ne prenons pas : nous lançons le débat, nous nous faisons traiter de “blog torchon” par des minces ulcérées de voir que nous osons demander des droits pour les autres et basta…)

Vous pleurez sur ce monde rempli d’obèses de taille 40. Sachez tout de même que, si ces pubs n’entraînent pas forcément l’anorexie, elles poussent des tas de gamines au régime. Suivi souvent de reprise de poids. Puis d’autre perte pour finir en effet avec un surpoids. C’est une spirale bien connue de tous les nutritionnistes. Mais ça, on s’en fout, non? Elles n’ont qu’à arrêter de s’empiffrer ces baleines…

N’importe quelle femme, maigre ou grosse (et peu m’importe que les mots choquent tant que l’idée passe), devrait s’insurger contre ce que l’on impose aujourd’hui à ses semblables plutôt que soutenir ce mouvement aliénant.

Sur ce, je vous laisse vous engueuler ci-dessous. Je vais éviter de lire : ça a l’art de me sortir de mes gonds.

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